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Médiation en santé : un pont entre les personnes éloignées du soin et les soignants

Pour accéder à la santé, il faut connaître et être en capacité d’exercer ses droits, connaître son corps, faire confiance aux soignants, se faire comprendre… Pour les personnes en situation de vulnérabilité, ces conditions peuvent être autant d’obstacles. C’est là qu’intervient la médiation en santé, très présente dans les projets soutenus par la Fondation nehs.

 

En observant les projets que nous avons choisi de soutenir depuis 2019, nous avons pris conscience de l’importance de la médiation en santé. Née des nombreuses initiatives de terrain portées notamment par le tissu associatif, elle n’est pas un concept théorique ni une méthode figée. Comme en témoignent les porteurs de projets qui ont participé à notre table-ronde à l’occasion des Rencontres FestiComSanté fin novembre, c’est une réalité très large, avec différentes approches et leviers complémentaires. Qu’il s’agisse de prévenir comme de soigner, d’aller vers mais aussi de faire venir au système de santé, de faire avec, de rendre autonome, ou encore de mobiliser des pairs pour toucher une population spécifique… faire de la médiation en santé c’est, très concrètement, sur le terrain, lever les freins de l’accès à la santé pour tous. Avec une pierre angulaire qui repose sur l’humain : des équipes et des collaborations pluridisciplinaires. Parce que donner accès à la santé aux plus vulnérables nécessite de mobiliser les compétences qui dépassent le strictement médical.

 

Un atelier avec les bénéficiaires du Mouvement du Nid
Un atelier avec les bénéficiaires du Mouvement du Nid Martinique

Si l’on regarde l’exemple de l’antenne de Martinique du Mouvement du Nid, son programme Integra plus est né d’une approche globale répondant aux besoins des femmes victimes d’exploitation sexuelle dans le quartier des Terres Sainville à Fort-de-France. En allant à la rencontre de ces femmes dans une démarche d’aller-vers, et constatant que plus de la moitié d’entre elles n’avaient pas de couverture maladie et 90% pas de mutuelle, l’association a mis en place un programme d’accompagnement médico-social. Il est construit notamment autour d’une permanence hebdomadaire géographiquement accessible pour ces femmes, tenue par une infirmière et une accompagnante psycho-sociale. Le programme fonctionne aussi grâce à la constitution d’un réseau de professionnels de santé généraliste et de santé sexuelle qui ont été sensibilisés par l’association aux problématiques spécifiques de ces femmes. Il comprend enfin des ateliers de prévention et de sensibilisation aux notions de planification familiale et de santé féminine. Cette complémentarité des dispositifs, nécessaire à la médiation en santé, est l’un des ingrédients permettant de résoudre des situations complexes.

 

Dans ce projet comme dans d’autres, on constate que l’accompagnement des professionnels de santé à la compréhension et la prise en compte des problématiques spécifiques d’une population donnée est souvent essentielle en matière de médiation. Un parfait exemple : la formation visant à améliorer l’accompagnement des personnes touchées par les mutilations génitales et les violences sexuelles, créée à l’hôpital Bichat à Paris. Destinée aux médecins, infirmiers, secrétaires, aide-soignants, étudiants, cette formation permet de mettre les stagiaires en situation afin qu’ils sachent repérer les personnes victimes, qu’ils comprennent mieux leurs difficultés et puissent faire tomber le mur du tabou qui fait obstacle à une orientation et une prise en charge adaptée.

 

Partir des obstacles rencontrés par une population spécifique dans l’accès à la santé, c’est aussi ce que fait Provence Verte Solidarité. Ici les barrières peuvent être la précarité économique, la marginalité, l’absence de papiers… cumulés à l’éloignement des lieux de soins pour les habitants des villages ruraux désertés par les médecins et ne disposant pas de moyens de transport ou de budget suffisant pour se déplacer. Pour les surmonter, le programme Promo Soins a tissé un réseau composé de bénévoles médicaux et paramédicaux intervenant dans un lieu d’accueil de l’association (généralistes, infirmiers, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, assistants dentaires), de médecins recevant les patients gracieusement ou avec un aménagement tarifaire, d’une assistante sociale, d’agents d’accueil et de chauffeurs accompagnants bénévoles… Grâce à cette union de compétences diverses, l’association va vers les plus isolés, accompagne, sensibilise, fait de la prévention et in fine amène au soin ceux qui n’y avaient plus accès.

Notre système de santé est performant mais complexe. Une personne éloignée du soin, quelle qu’en soit la raison – âge, handicap, barrière de la langue ou précarité - va se retrouver en échec au moindre obstacle dans l’accès à la santé. La médiation a pour but d’aider ces personnes présentant une vulnérabilité à naviguer dans ce système, à passer les difficultés pour qu’elles puissent aller au bout de leur parcours de soin.
Professeur Olivier Bouchaud,
Président de l’association La Plage, Chef de service à l’Hôpital Avicenne (Bobigny), responsable de la formation Médiation en santé, Université Sorbonne Paris Nord

Deux personnes de dos, une femme accompagne une personne âgée

Parfois la médiation en santé peut aussi nécessiter de faire appel à des pairs ou aux membres d’une communauté. C’est par exemple ce qu’a choisi de faire la Sauvegarde du Nord pour faciliter l’accès aux droits et aux soins des habitants des quartiers prioritaires du bassin minier en s’appuyant sur des médiateurs recrutés parmi la population de ce territoire. Du fait de leur proximité avec le public ciblé, les médiateurs du projet “Adultes Relais Médiateurs Santé” établissent une relation de confiance qui leur permet de dépasser les barrières culturelles, sociales et parfois linguistiques qui peuvent constituer des freins. Ils créent du lien et constituent une interface entre le système de santé et une population qui rencontre des difficultés pour y accéder.

 

Cette prise en compte de la personne dans sa globalité, avec sa situation économique, sociale, culturelle, se retrouve également dans le projet de l’association La Plage. Elle a créé un lieu d’accompagnement démédicalisé à proximité de l’hôpital Avicenne, à Bobigny, baptisé la Maison Source. Destiné aux personnes migrantes vivant avec le VIH afin de les accompagner dans leur parcours de soin, ce lieu favorise leur adhésion aux traitements et les sensibilise à l’importance des règles hygiéno-diététiques dans l’objectif d’une autonomisation. Parce que toutes les dimensions de la vie d’une personne peuvent influencer sa santé, une médiatrice en santé évalue dans un premier temps le besoin global des patients – logement, démarches administratives, alimentation, difficultés d’acceptation de la maladie… – afin de mettre en place les orientations nécessaires auprès des différents partenaires de l’association. A la Maison Source, l’association promeut aussi les règles hygiéno-diététiques, la pratique d’activités physiques régulières et valorise l’image du corps des patients.

 

Parce qu’ils prennent soin de ceux qui rencontrent des difficultés dans la santé, parce qu’ils regardent la personne dans sa globalité, parce qu’ils créent du lien entre patients et soignants, tous ces porteurs de projets, parfois sans le formuler ainsi, font de la médiation en santé. Pour Philippe Denormandie, Délégué général de la Fondation : « Ce sujet méconnu correspond à une réalité de terrain. Selon une enquête que nous avons réalisée auprès d’acteurs des secteurs sanitaire et médico-social sur “Comment favoriser l’accès à la santé pour le patient éloigné du soin”, 85 % des répondants ont exprimé avoir déjà ressenti le besoin de recourir à une aide externe (interprète, médiateur, aidant…) pour établir et/ou améliorer la relation avec les patients. En tant que fondation qui œuvre pour l’humain dans la santé, il nous appartient aujourd’hui de soutenir les initiatives qui créent une interface entre les soignants et les personnes éloignées du système de santé. »

 

Découvrez aussi les témoignages de d’ADSF, d’Aux Captifs, la libération, d’APF France Handicap et de la Fondation ARHM dans le replay de la table-ronde que nous avons animée à l’occasion du dernier Festival de la Communication Santé :